J'ai passé une journée à Paris. Je n'y habite pas, je ne connais pas la ville, et une fois la voiture engagée dans le trafic, je n'ai plus vu que ça : des routes partout. Des sorties tous les deux cents mètres, des panneaux qui annoncent quatre directions à la fois, des voies qui se séparent sans prévenir. Impossible de deviner laquelle était la bonne. Alors j'ai fait une chose très simple, que je fais sans y penser : j'ai fait entièrement confiance à mon GPS. Il dit « serrez à droite », je serre à droite. Il dit « prenez la deuxième sortie », je prends la deuxième sortie. Je n'ai pas discuté une seule fois.

Et en rentrant, une question m'est restée : pourquoi est-ce que j'accorde à une machine, sans hésiter, la confiance que je marchande si souvent avec Dieu ?

Il voit la carte, je vois le carrefour

Ce qui rend le GPS digne de confiance, ce n'est pas qu'il soit intelligent : c'est qu'il voit ce que je ne vois pas. Moi, je vois le carrefour où je suis. Lui voit la ville entière, les kilomètres devant, l'embouteillage que je n'ai pas encore atteint. Notre position n'est pas la même, et c'est exactement ce que Dieu dit de Lui-même.

« Car mes pensées ne sont pas vos pensées, et vos voies ne sont pas mes voies, dit l'Éternel. Autant les cieux sont élevés au-dessus de la terre, autant mes voies sont élevées au-dessus de vos voies, et mes pensées au-dessus de vos pensées. »

- Ésaïe 55:8-9

Nous n'exigeons pas du GPS qu'il nous explique ses calculs. Nous acceptons volontiers qu'il en sache plus que nous. Devant Dieu, nous devenons soudain exigeants : nous voulons le plan complet, les raisons, le calendrier, avant d'accepter de tourner. La confiance commence précisément là où l'explication s'arrête.

« Voici le chemin, marchez-y »

Le GPS ne donne pas l'itinéraire entier d'un coup. Il donne l'instruction suivante, au moment où elle sert. C'est presque mot pour mot la façon dont la Bible décrit la direction de Dieu.

Tes oreilles entendront derrière toi la voix qui dira : Voici le chemin, marchez-y ! Car vous iriez à droite, ou vous iriez à gauche.

- Ésaïe 30:21

« Derrière toi », « marchez-y » : la voix parle au moment de marcher, pas trois ans avant. Nous voudrions la carte ; Dieu donne le pas suivant. « Ta parole est une lampe à mes pieds, et une lumière sur mon sentier » (Psaume 119:105). Une lampe n'éclaire pas l'autre bout de la route : elle éclaire l'endroit où poser le pied. C'est peu, et c'est assez pour avancer toute une nuit.

La confiance se décide avant le carrefour

« Confie-toi en l'Éternel de tout ton cœur, et ne t'appuie pas sur ta sagesse ; reconnais-le dans toutes tes voies, et il aplanira tes sentiers. »

- Proverbes 3:5-6

Dans la voiture, la décision de suivre le GPS a été prise avant de démarrer. Sinon, au premier échangeur, dans le bruit et l'urgence, il aurait été trop tard pour réfléchir. La confiance en Dieu fonctionne pareil : elle ne s'improvise pas au milieu de la crise. Elle se construit en amont, dans la prière ordinaire, dans la lecture régulière, dans les petites obéissances sans témoin. Le jour de l'épreuve, on ne fait que se reposer sur ce qui a été bâti avant.

Remarquez la formule : « ne t'appuie pas sur ta sagesse ». Ce n'est pas une invitation à renoncer à réfléchir. C'est une invitation à ne pas faire de notre lecture partielle des choses le dernier mot. Mon jugement dit « cette sortie a l'air plus rapide » — et il se trompe, parce qu'il ne voit que trois cents mètres.

Une colonne de nuée, jour après jour

Quand Israël sort d'Égypte, Dieu ne lui remet pas un itinéraire. Il lui donne un signe visible, renouvelé chaque jour.

L'Éternel allait devant eux, le jour dans une colonne de nuée pour les guider dans leur chemin, et la nuit dans une colonne de feu pour les éclairer, afin qu'ils marchassent jour et nuit.

- Exode 13:21

Le peuple avançait quand la nuée avançait, s'arrêtait quand elle s'arrêtait (Nombres 9:17-23). Parfois deux jours, parfois un mois. Personne ne savait la veille ce que serait le lendemain. C'est inconfortable — et c'est précisément ce qui les a gardés dépendants de Dieu au lieu de dépendre d'un plan. La manne suivait la même règle : pour un jour, jamais pour la semaine (Exode 16:19-20).

Partir sans connaître la destination

Dieu dit à Abraham : « Va-t'en de ton pays, de ta patrie, et de la maison de ton père, dans le pays que je te montrerai » (Genèse 12:1). Pas « le pays de Canaan, au sud, à six cents kilomètres ». « Le pays que je te montrerai ». L'auteur de l'épître aux Hébreux souligne exactement ce point.

« C'est par la foi qu'Abraham, lors de sa vocation, obéit et partit pour un lieu qu'il devait recevoir en héritage, et qu'il partit sans savoir où il allait. »

- Hébreux 11:8

« Il partit sans savoir où il allait. » Toute une vie de foi tient dans cette phrase. Abraham n'a pas obtenu l'adresse avant de démarrer ; il a obtenu Celui qui la connaissait.

Recalcul de l'itinéraire

Il m'est arrivé, ce jour-là, de rater une sortie. Le GPS n'a pas crié, il n'a pas rendu les armes : il a recalculé. En quelques secondes, un nouveau chemin partait de l'endroit où j'étais vraiment, pas de celui où j'aurais dû être.

Jonas prend un bateau dans la direction exactement opposée à l'ordre reçu. Dieu ne l'abandonne pas à sa fugue : Il le reprend, et la mission tient toujours (Jonas 3:1). Pierre renie trois fois, et le Ressuscité vient le rechercher sur une plage pour lui redonner un troupeau (Jean 21:15-17). David tombe lourdement, et le Psaume 51 devient l'une des prières les plus utilisées de l'histoire.

L'Éternel affermit les pas de l'homme, et il prend plaisir à sa voie ; s'il tombe, il n'est pas terrassé, car l'Éternel lui prend la main.

- Psaume 37:23-24

Une erreur de trajet n'annule pas le voyage. Elle ajoute des kilomètres, parfois beaucoup ; elle ne supprime pas la destination. Le vrai danger n'est pas de se tromper de sortie : c'est d'éteindre l'appareil.

Le berger marche devant

Le GPS parle, mais il reste dans la boîte à gants. Dieu, Lui, ne se contente pas d'indiquer : Il précède.

« L'Éternel est mon berger : je ne manquerai de rien. Il me fait reposer dans de verts pâturages, il me dirige près des eaux paisibles. Il restaure mon âme, il me conduit dans les sentiers de la justice, à cause de son nom. »

- Psaume 23:1-3

Le berger d'Orient ne pousse pas le troupeau devant lui : il marche en tête et les bêtes suivent sa voix. Jésus reprend l'image sans rien y changer : « Mes brebis entendent ma voix ; je les connais, et elles me suivent » (Jean 10:27). Suivre suppose donc deux choses très concrètes : reconnaître la voix, et accepter d'être derrière.

Et quand la voix se tait ?

Dans un tunnel, le GPS perd le signal. L'écran se fige, la voix s'arrête. Ce n'est pas le moment de faire demi-tour : c'est le moment de continuer tout droit, en gardant la dernière consigne reçue, jusqu'à retrouver le jour.

Les traversées silencieuses existent dans la vie de foi. Le psalmiste ne les nie pas, il les traverse : « Quand je marche dans la vallée de l'ombre de la mort, je ne crains aucun mal, car tu es avec moi » (Psaume 23:4). Il ne dit pas « car je vois clair ». Il dit « car tu es avec moi ». Le silence de Dieu n'est pas son absence, et l'obscurité d'un tunnel ne prouve rien contre la route.

Dans ces moments-là, la dernière consigne reçue reste valable : ce que la Parole a déjà dit, ce que la conscience sait déjà, la prochaine chose juste à faire. « Nous marchons par la foi et non par la vue » (2 Corinthiens 5:7).

Suivre, ce n'est pas subir

Faire confiance à son GPS ne veut pas dire fermer les yeux ni lâcher le volant. Le conducteur reste actif : il freine, il regarde, il décide. La confiance en Dieu n'est pas davantage une démission. Elle a ses gestes, et ils sont simples.

Demander. « Éternel ! fais-moi connaître tes voies, enseigne-moi tes sentiers » (Psaume 25:4). Une décision prise sans jamais l'avoir soumise à Dieu n'est pas une décision de foi, même quand elle est raisonnable.

Vérifier à la Parole. Aucune impression intérieure ne prime sur l'Écriture. Un chemin qui contredit ce que Dieu a déjà dit ne vient pas de Lui, si séduisant soit-il. « Toute Écriture est inspirée de Dieu, et utile pour enseigner » (2 Timothée 3:16).

Écouter des frères. « Le salut est dans le grand nombre des conseillers » (Proverbes 11:14). Dieu guide souvent par des gens sages, patients, qui n'ont rien à gagner à notre décision.

Avancer. Un GPS ne peut rien recalculer pour une voiture à l'arrêt. Beaucoup attendent une certitude totale avant de bouger ; la direction vient souvent en marchant, une fois le premier pas fait.

Il ne s'agit pas d'un trajet, mais d'une Personne

Là s'arrête la comparaison, et c'est heureux. Un GPS donne un chemin ; Jésus dit qu'Il est le chemin.

Je suis le chemin, la vérité, et la vie. Nul ne vient au Père que par moi.

- Jean 14:6

Un appareil se trompe parfois, tombe en panne, se décharge. « Voilà le Dieu qui est notre Dieu éternellement et à jamais ; il sera notre guide jusqu'à la mort » (Psaume 48:14). Et là où nos calculs voient un détour absurde, Dieu tient le fil : « Nous savons, du reste, que toutes choses concourent au bien de ceux qui aiment Dieu » (Romains 8:28). Ses promesses ne s'arrêtent pas au périphérique : « Car je connais les projets que j'ai formés sur vous, dit l'Éternel, projets de paix et non de malheur, afin de vous donner un avenir et de l'espérance » (Jérémie 29:11).

Ce jour-là, à Paris, j'ai suivi une voix sans la voir, sans comprendre ses raisons, et je suis arrivé. La question n'est donc pas de savoir si nous sommes capables de faire confiance : nous le faisons tous les jours, à des machines, à des panneaux, à des inconnus au volant d'un bus. La question est de savoir à qui nous réservons notre méfiance. « Remets ton sort à l'Éternel, et il te soutiendra, il ne laissera jamais chanceler le juste » (Psaume 55:22). Il connaît la ville entière. Il suffit de serrer à droite quand Il le dit.