Le réveil sonne. Avant même d'avoir ouvert les deux yeux, la main est partie toute seule vers le téléphone : l'heure, les messages, les nouvelles du monde, une vidéo commencée sans l'avoir voulu. Onze minutes plus tard - les statistiques disent onze, l'impression dit trois - la journée a commencé sans nous. Nous ne l'avons pas ouverte : nous y avons été aspirés.
Il y a une bataille dans ce moment-là, et elle est beaucoup plus décisive qu'elle n'en a l'air. Ce qui prend la première place prend souvent toute la journée. Non parce que le matin serait plus saint que le soir, mais parce que la première chose donne le ton à tout le reste, comme la première note donne le ton au morceau.
Ce que nous faisons du premier quart d'heure
« Éternel ! le matin tu entends ma voix ; le matin je me tourne vers toi, et je regarde. »
- Psaume 5:3« Je me tourne vers toi, et je regarde. » Le verbe est celui d'une sentinelle qui monte sur le rempart au lever du jour pour voir ce qui vient. Le psalmiste ne demande pas d'abord ; il regarde d'abord. Il prend la mesure du jour depuis la bonne hauteur, avant de descendre dedans.
Jésus se levait avant tout le monde
L'Évangile de Marc raconte une journée entière de Jésus à Capernaüm : enseignement à la synagogue, guérisons, une belle-mère fiévreuse, puis toute une ville rassemblée devant la porte jusqu'à la nuit. C'est une journée à finir épuisé. Et le lendemain commence ainsi :
« Vers le matin, pendant qu'il faisait encore très sombre, il se leva, et sortit pour aller dans un lieu désert, où il pria. »
- Marc 1:35Trois précisions, et aucune n'est décorative. Très sombre : cela lui a coûté du sommeil. Un lieu désert : il a fallu marcher, sortir, s'extraire. Où il pria : il n'est pas parti se reposer, il est parti retrouver son Père. Celui qui avait le plus de raisons de dire « pas ce matin, j'ai trop à faire » est justement celui qui s'est levé.
Des compassions neuves, précisément le matin
Il y a des réveils lourds. Le problème de la veille est toujours là, intact, posé sur la poitrine avant même le lever. La Bible connaît ces matins-là - le livre des Lamentations est écrit sur les ruines d'une ville brûlée - et c'est au beau milieu de ce livre que se trouve une des plus belles phrases de l'Ancien Testament.
Les bontés de l'Éternel ne sont pas épuisées, Ses compassions ne sont pas à leur terme ; Elles se renouvellent chaque matin. Oh ! que ta fidélité est grande !
« Elles se renouvellent chaque matin. » Pas chaque année, ni à chaque grande décision : chaque matin. La provision de grâce n'est pas un stock que l'on entamerait peu à peu jusqu'à la fin du mois ; c'est la manne, livrée à la porte, pour le jour qui commence. Hier a consommé la sienne. Celle d'aujourd'hui est là, entière.
Très concrètement
Trois choses simples, qui tiennent en dix minutes et ne demandent aucun héroïsme :
Laisser le téléphone hors de portée du lit. Un réveil à trois euros règle la moitié du problème. Ce n'est pas un principe spirituel, c'est de l'aménagement - et l'aménagement décide plus souvent que la volonté.
Ouvrir la Bible avant d'ouvrir les nouvelles. Un psaume, un chapitre d'Évangile. Pas pour cocher une case : pour entendre une autre voix que celle du monde avant que le monde ne parle.
« Fais-moi dès le matin entendre ta bonté ! Car je me confie en toi. Fais-moi connaître le chemin où je dois marcher ! Car j'élève à toi mon âme. »
- Psaume 143:8La journée sera ce qu'elle sera. Nous ne choisissons ni les nouvelles, ni les imprévus, ni l'humeur des autres. Nous choisissons la première chose. C'est peu - et c'est déjà la moitié de la bataille.



